D’ordinaire rédigée à la première personne du singulier, l’inhabituel emploi de la troisième me donnera la distance maïeutique pour développer cette complexe rédaction !




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«MissYou» est un nom de code pour infiltrer le club et ouvrir les pages autobiographiées d’un esprit dont la clef de voute est la spontanéité : sans plan ni filet, mais toujours inspiré !
Dans ses pensées, livrées quotidiennement, excluant tout retour possible et modifications, l’auteure superpose les temporalités, oscillant entre son présent et les souvenirs qu’il réveille, dans un vagabondage aux récits polychromes bourrés de symboles et de sincérité.
Comme une infusion de son âme, les diarigraphies abordent tout ce qui la traverse, tour à tour calque ou buvard de ses émotions. L’écriture chahute, sans boussole, sur un sinueux sentier d’illustrations.
Cette introspection aux digressions labyrinthiques déroule pourtant la dense étude d’une vie dont l’analyse progresse naturellement.
De ce goût évident pour la narration, Alexandra détoure, avec humour et dérision, ce personnage qu’elle observe évoluer au fil de ses cahiers. Au cours d’un itinéraire inconnu et animé, elle tente de déchiffrer chaque combinaison de cette réalité, souvent étonnée d’y trouver tant de sens cachés et de points à relier.
A tous ces wagons s’accroche une multitude de références qui, dans le fond comme dans la forme, peuplent cette tête bien remplie dont l’insatiable locomotive s’abreuve de passions mêlant culture, contre-culture, Japon, musique, mode, art pictural… sur une trajectoire traversant sans cesse d’improbables expériences.
Ni illustratrice, ni écrivain, elle est diariste, mère, femme, designer, enseignante, enfant, d.j, amie, jeune, vieille, joyeuse, en colère, mélancolique, jamais nostalgique, amoureuse, curieuse, optimiste, pleine de doutes, hyperactive, célibataire, rêveuse, débordée, débordante… et elle a surtout un grand besoin de s’exprimer, de chercher à comprendre, à démêler le monde et qui elle est.
Alexandra tire partie de l’aléatoire dans une quête permanente de recherche et développement s’appliquant à tout ce qu’elle entreprend professionnellement et personnellement, guidée par l’irrépressible besoin d’expérimenter ce qui l’entoure depuis toujours.
Ses albums se construisent autour de sa mémoire archiviste, de la même manière que les d.j.sets qu’elle propose ou que la ligne de vêtements qu’elle fabrique.
Au travers d’anecdotes, où les mots s’entrechoquent sous le plaisir de l’écriture et s’enluminent à la mine de ses encres, elle soulève des questions existentielles : son rapport aux autres, sa place sociale, sa condition humaine, féminine, ses relations amoureuses, professionnelles… Appréciant le recul critique que son âge lui permet d’avoir sur les quatre dernières décennies, son regard jongle avec les époques et décrit ses changements.
Multiple, l’auteur appuie sa démarche, avec pour conviction de ne rien inventer ou créer, sur la notion de composition. Dans tout son travail, elle associe, relie, re-croise. Inlassablement MYC explore.
Elle examine avec une approche constructiviste, cette grande fresque qui s’étend derrière elle, sous de multiples perspectives, exécutant des va et vient, modifiant ses angles d’observation pour ainsi s’amuser à trier et réagencer les pièces de cette complexe mosaïque.
Un procédé qui s’s’est installé naturellement par lequel se forment les motifs récurrents de ses calandres et dont elle tire les thématiques, rassemblées et proposées dans ses albums manuscrits. Le choix délibéré du support, trop évident pour être justifié, bien qu’il soit le même objet, reste propice à l’expérience, pouvant varier selon son format et son papier, il impose à se réadapter et trouver moyen de s’approprier le nouveau terrain de ses feuillets. C’est ainsi, d’ailleurs, que de ces cahiers s’est imposé la lecture en double page, élargissant l’espace en levant, de son format paysage, la frontière que la reliure d’ordinaire divise nettement.
Il paraît logique que ce territoire, sous la volonté d’un geste spontané, soit pigmenté au moyen d’un médium comme l’encre qu’on ne peut retoucher ou modifier une fois appliqué. Peu à peu les gammes chromatiques se sont enrichies pour permettre de délimiter les parties ou les sujets, chacun traité dans une harmonie de couleurs spécifique et nuancée.
Là, encore, la recherche de composition devient moteur. Les teintes sont choisies selon l’envie, dans l’unique et momentanée réflexion de trouver une alliance équilibrée, et non de prédéfinir intentionnellement les sens qu’elles pourraient donner au récit développé. L’inconscient est souvent plus percutant.
L’iconographie, quant à elle, brasse dans son bal hasardeux une multitude d’inspirations graphiques qui imprègnent Alexandra et pourraient traduire à la fois son parcours et son identité.
Les ornementations et motifs nous renvoient, sans hésiter, aux arts décoratifs, dont certains de ses aïeux pratiquaient le métier, comme le stuc ou le bois. Et, de la même façon que pour sélectionner les couleurs, ils sont majoritairement dessinés sans concrètes intentions : un geste presque instinctif permettant plutôt à l’esprit d’articuler le fil de la rédaction, de réfléchir à la construction d’une phrase ou gaz nuance d’une expression, particulièrement lors du contourage et de la colorisation. Une mécanique qui devient principe sous le régulier constat de corrélations frappantes, et pourtant involontaires, venant se révéler, un peu comme par magie, entre ces formes et le propos qu’elles agrémentent.
A cet aspect graphique, rejoignant également le textile, son autre support d’expression, s’ajoutent, dans un but plus illustratif que ces décorations, d’incontournables influences japonaises. Une fascination adolescente qui se poursuit dans des études de la langue et de la culture à l’INALCO.
Des références qui ne se limitent pas à celle de l’univers du manga, exploré et apprécié sous d’innombrables points stylistiques, comme les codes si éloquents qu’ils utilisent pour exprimer les émotions. Là, les clins d’œil à ses mangaka préférés sont résolument assumés, dans l’esprit fan-art qui en a découlé, conjuguant hommage et réinterprétation et pouvant appuyer l’idée que « rien ne se crée ». Ses affinités avec cet archipel du paradoxe et des onomatopées s’alimentent tout autant de son folklore et de son design.
La subtilité de son esthétique et la richesse de ses traditions, de son histoire ou encore de son artisanat sont tant de sources palpables dans les projets de l’artiste, certainement aussi car cette culture sait traduire des principes philosophiques parmi lesquels le (wabi) sabi qui résume parfaitement toute l’approche de sa démarche : cette intime observation de la patine d’un esprit sur son existence.
Sous le kaléidoscope de cette quête maïeutique, elle ouvre des cases mentales et offre, dans un présent déjà passé, tous les reliefs à la cartographie de sa mémoire en-fouilli.